PAUL REYNAUD – LA GUERRE- DISCOURS PRONONCE LE 13 ET 28 DECEMBRE 1939.

DISCOURS PRONONCE LE  13 ET 28 DECEMBRE 1939 DEVANT LES DEUX CHAMBRES DU PARLEMENT.  DISPONIBLE SUR AMAZON.FR

La présente édition propose la reproduction de deux discours importants non seulement dans le domaine économique mais également dans les ressorts psychologiques, l’appréhension, la perception, par les contemporains, de cette guerre qui se met en place progressivement. A sa prise de fonction, au poste de ministre des finances à partir du 1er novembre 1938, Paul Reynaud ne jouit pas de la confiance de ses concitoyens car il préconise une politique opposée à celle du Front populaire. Un an plus tard, le 13 et 28 décembre 1939, le ministre soumet, aux deux Chambres du Parlement, le premier budget de guerre et propose un bilan du dernier budget de paix. Dans ces discours, méconnus et prononcés trois mois après le déclenchement de la seconde guerre mondiale, le ministre des finances revient sur les mesures économiques, sociales et financières du Front populaire qu’il désapprouve. Sa politique mise en place, par les décrets- lois de janvier 1940, a deux objectifs, accroître la production et diminuer la consommation. Paul Reynaud met en exergue, également, le précédent qu’est la guerre de 1914-1918 afin de souligner l’impréparation des dirigeants de l’époque et la faculté d’anticipation de son cabinet. En outre, il décrit, dans cet exposé, la situation économique et sociale allemande, compare celle du Royaume Uni à celle de la France et défend l’accord économique et monétaire conclu, le 4 décembre 1939, entre les deux puissances alliées.

 

SALARIÉS, PATRONAT, CGT ET CFTC EN ALGÉRIE (ORANIE) DU FRONT POPULAIRE AU GOUVERNEMENT DE VICHY (1936-1941) ; 2016 ; 337 pages.

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Cet ouvrage d’histoire sociale, extrait d’une thèse de doctorat, s’intéresse à la condition des salariés en société coloniale. Le mouvement syndical rend cette exploration possible, car il entraine, sur la scène sociale, l’ensemble des acteurs (salariés, patronat, administration, élus) et éclaire des populations demeurées, jusque-là, dans la pénombre. Cette approche nous permet d’investir la scène revendicative, d’aller à la rencontre du monde du travail, d’affiner le déchiffrement des relations complexes régissant les composantes de cette société. Toutefois, le rôle du syndicalisme fut quelque peu négligé ; en effet, il fut étudié, principalement, dans ses relations avec le nationalisme algérien, bien qu’il soit l’artisan de cette construction sociale qu’est la fédération des groupes ouvriers et employés de toutes origines et l’animateur essentiel des mouvements sociaux. Mais cet objectif du mouvement syndical, dont le leadership revient à la CGTU-CGT plus offensive que la CFTC, d’unifier les salariés des deux communautés et de favoriser l’émergence d’une conscience sociale ou de classe n’est pas aisé ; de nombreux écueils telles que la revendication nationale des musulmans algériens, la ségrégation, la compétition communautaire, la répression peuvent freiner son essor. Cette période parviendra-t-elle à engendrer un embryon stable de classe ouvrière algérienne, transcendant la ligne de partage ethnico-religieuse, prévalant en société coloniale ?

Table des matières

Introduction
I / Le mouvement syndical : Réunification et réorganisation.
I / 1. La CGT (1929 -1943)
I / 1.1. L’Union départementale
I / 1.2. Les Unions locales
I / 1.3. Les syndicats : réunifications et créations
I / 2. La CFTC
I / 2.1. L’Union oranienne et sections
I / 2.2. Les syndicats
II / Les mouvements revendicatifs
II / 1. Les grèves de l’été 1936
II / 2. Les grèves de 1937
II / 3. Les grèves de 1938
III / Les ouvriers des ports : Une corporation stratégique
III / 1. Réunification et réorganisation (printemps 1936 – été 1937)
III / 2. Le mouvement revendicatif dans les ports (1929 – 1938)
III / 2.1. Grèves et incidents (été-automne 1936)
III / 2.2. La solidarité ouvrière (1937-1938)
III / 3. Conventions collectives : Doléances et tractations (1936-1941)
III / 3.1. Les commissions paritaires
III / 3.2. Salaires et temps de travail
III / 3.3. Conditions de travail et innovations techniques
III / 3.4. Les congés payés
III / 3.5. Les fêtes musulmanes (1937)
III / 3.6. Reflux des avancées sociales et collaboration (1939-1941)
IV / Les travailleurs du BTP : Une main-d’œuvre précarisée
IV / 1. La réorganisation
IV / 2. Le mouvement revendicatif des travailleurs du BTP
IV / 2.1. Les conflits de l’été 1936
IV / 2.2. Les autres conflits (1937-1939)
IV / 3. Les ouvriers du BTP : Doléances, négociations et conventions collectives
IV / 3.1. Des négociations laborieuses
IV / 3.2. Salaires, congés payés, conditions de travail (1936-1939)
V / Les petites corporations, patronat, CGT et CFTC : lutte d’influence
V / 1. La CGT, un syndicalisme offensif
V / 1.1. Les bains maures : Un secteur d’activité indigène
V / 1.2. Conserveries de poisson : La « Sardinière » de Mers-el-Kébir : Étrangères et mineures
V / 1.3. L’industrie du tabac : Un personnel féminin
V / 1.4. Caisses et emballages : Une main-d’œuvre étrangère
V / 1.5. Syndicat du port et chambre de commerce : Défaite syndicale
V / 1.6. Les sacheries-bâcheries : Employés et ouvriers rallient la CGT.
V / 1.7. Les transports : Un patronat fragmenté
V / 2. CGT et CFTC : Compétition et coopération
V / 2.1. Employés des sociétés maritimes : Course à la représentativité
V / 2.2. Employés des assurances : La double appartenance syndicale
V / 2.3. « Métallurgie – automobile » : Partage des tâches
V / 2.4. Employés de commerce : Coopération, dissension, désistement
V / 3. La CFT, instrument de l’opposition patronale
V / 3.1. L’agro-alimentaire
V / 3.2. Le Commerce
V / 3.3. L’industrie
Conclusion
Carte 1
Carte 2
Repères chronologiques de la vie politique et sociale de l’Oranie dans l’entre-deux-guerres
Notice biographique
Table des annexes
Sources
Bibliographie

Les Français et leurs concitoyens issus de la diversité : Quelques révélateurs de cette relation

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                                            EXTRAIT

 II /1 Une citoyenneté contestée

En Europe, la double allégeance est reconnue par les traités et elle est pratiquée ; les ressortissants de l’Union européenne et des Etats liés par accord à l’espace économique européen (Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse, Monaco, Andorre) ont accès à la fonction publique française depuis 1983. Par conséquent, cette question fait l’objet d’un consensus au plan supranational mais pas national.

(…).

En mars 2015, dans le gouvernement de M. Valls, nous avons des ministres franco-canadien, franco-allemand, franco-marocains. Naturalisée Française, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a gardé sa nationalité espagnole. La double allégeance n’est pas, uniquement, le fait des étrangers mais également de Français, moins nombreux, ayant opté pour une seconde citoyenneté. Le député UDI des Français de l’étranger (huit pays méditerranéens) depuis 2013 et ancien vice-président du CRIF, Meyer Habib, a exercé une activité politique en Israël et a acquis la nationalité de ce pays. Cette situation n’est pas une singularité de ce parlementaire. De parents géorgiens arrivés en France dans les années 1920, Salomé Zourabichvili, née à Paris, commence sa carrière, en 1974, au sein des services du ministère des affaires étrangères. Puis, elle dirige le bureau des affaires internationales et stratégiques au sein du secrétariat général de la défense nationale pour le premier ministre jusqu’en décembre 2001 ; elle collabore, également, avec le bureau des affaires stratégiques pour l’OTAN. En novembre 2003, elle est nommée au poste d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de France en Géorgie. Puis le 18 mars 2004, désignée par le président Mikheil Saakachvili, elle est la première femme ministre des affaires étrangères de ce pays. Le lendemain, 19 mars, Paris promulgue le décret portant cessation de fonctions de l’ambassadrice. Le 20 mars, Salomé Zourabichvili acquiert la nationalité de son pays d’origine et est autorisée à conserver sa citoyenneté française par une loi ad hoc voté par le parlement géorgien. Elle demeure à ce poste jusqu’au 20 octobre 2005. (…).

En définitive, les politiciens qui dénoncent, régulièrement, cette binationalité, opèrent une ségrégation au sein même des populations binationales. Car qui visent-ils ? Assurément pas les Européens, les Américains, les Australiens, les Canadiens ! Ils stigmatisent leurs compatriotes d’origine maghrébine ainsi que ceux d’Afrique sub-saharienne. Ils savent que la législation ne peut être modifiée mais usent de cet argument dans l’unique objectif de désignation du bouc émissaire « basané, noir, musulman ». La citoyenneté n’est plus la mesure. Pourtant, l’Institut national d’études démographiques (INED) « observe peu d’impact de la double nationalité sur le sentiment d’être Français. Autrement dit, avoir une double nationalité est une marque d’attachement à ses origines, mais cela n’est pas contradictoire avec une forte identité nationale française. En effet, généralement cette inclination a un caractère familial que national ; la plupart n’exercent pas les droits liés à la citoyenneté d’origine. Il importe aujourd’hui de reconnaître et de respecter le pluralisme des identités, plutôt que de les concevoir comme des allégeances exclusives. » [1] Cette controverse portant sur la binationalité n’est qu’une digression ; elle est, à l’instar d’autres sujets, l’une des sous-catégories de la question plus vaste et irrésistible qu’est l’intégration ; la binationalité est instrumentalisée afin de souligner l’échec du processus d’intégration. La polémique, un rituel en France, est suscitée par les adversaires de la présence ici des originaires des anciennes colonies. On agite la menace, on ressasse. On veut nous démontrer que cette intégration est impossible, illusoire du fait de l’ethnie (berbéro- arabe) et la religion (Islam) ; on nous affirme, sans ambages, qu’elles sont incompatibles avec les « valeurs » de la France ; que ces communautés sont rétives à la « modernité », entendez à l’Occident ! Mais est-ce là la véritable raison ? L’« impossible » intégration ne signifie-t-elle pas, en vérité, l’indésirable intégration ? Doit-on qualifier ces gens d’« intrus » ? Cette représentation, sans doute inconsciente, est dans les esprits. Comme de coutume, ce postulat prend corps durant l’ère coloniale. La Métropole invente la perspective d’assimilation afin de détourner les peuples soumis de la lutte contre l’occupation et de les « pacifier » ; mais cette « promesse » est un leurre. A cette époque, en Algérie et ailleurs, la population ne désire certainement pas être française mais bouter le colonisateur hors de chez elle. Dans la réalité, elle est soumise à un système ségrégationniste. En fait, la véritable interrogation n’est pas celle de l’intégration mais celle de l’égalité, du respect, de la dignité.

(…).

Ce que dénonce l’INED à propos du « pluralisme des identités » est contenu dans cette injonction lancée aux nouvelles générations, la face corrompue, crapuleuse de la société : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! »

II /2 Jeunesse et révolte

En octobre et novembre 2005, les jeunes des quartiers populaires se révoltent [2] ; ce mouvement est, aussitôt, affublé des nippes confessionnelle et ethnique ; on parle de « jeunes arabes », « jeunes musulmans », « jeunes issus de l’immigration », en l’occurrence des étrangers, et point de « jeunes français ». Cet artifice est intentionnel ; des grands médias, des hommes politiques, des intellectuels s’empressent d’embrigader les esprits afin de décrédibiliser ce mouvement, empêcher toute solidarité du reste de la population et notamment des autres jeunes. Il s’agit d’installer des réflexes de répulsion. Ces protestataires sont demeurés bien seuls. Le clivage de la société est une tâche entreprise par trois entités apparemment antagonistes, chacune avec ses calculs propres : l’extrême- droite et ses relais, le gouvernement de l’époque ainsi que les salafistes. L’appel à des « personnalités musulmanes » par les pouvoirs publics participe à cette vision et concourt à la dépréciation de la contestation en l’éloignant, la sectionnant, la déclarant « allogène » à la société française. Ce cas de figure d’émeutes violentes, avec des morts et des blessés, à connotation ethnique est présent ailleurs, comme aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, mais assurément pas en France. M. Dekeyser écrit en 2008 : « Les affrontements se sont déroulés entre une partie de la population française et des éléments qui symbolisaient l’institution républicaine plutôt qu’entre des groupes ethniques différents, nécessitant l’interposition de la police. » [3]

Cette révolte est sociale, celle des classes populaires, des démunis, des chômeurs ; toutefois, les revendications d’ordre économique bien que importantes ne sont pas l’essentiel. L’exigence de dignité est la doléance fondamentale. En effet, le malaise social est aggravé par le mépris lié aux origines de cette population. Qu’ont-ils d’arabe ou d’africain ces jeunes ? Un patronyme, un prénom, une « couleur » ! Etre français se définit-il par la filiation ethnique et religieuse ? Etre Français n’est pas adhérer à la « profession de foi » de la République : Liberté, Egalité, Fraternité ! Ou bien est-ce devenu un « club privé » ? L’année 2005 a dévoilé deux jeunesses éloignées l’une de l’autre ; elle a montré une population segmentée, chacune cloisonnée dans son monde ; l’une est parquée, l’autre est libre de ses mouvements. Celle-ci est « pacifique, instruite, honnête, entreprenante, créatrice », d’autres diront docile, conformiste, individualiste. A l’opposé de cette face lumineuse, l’autre jeunesse est déscolarisée, ignorante, mafieuse, violente, destructrice, haineuse, l’ennemie intérieure. Cet argument réducteur et dégradant de « délinquants » est repris par le sociologue, directeur de recherche au CNRS, Gérard Mauger : « De façon générale, l’habitus agonistique caractéristique du « monde des bandes » porte à percevoir la police comme une bande rivale : son « intrusion » dans le territoire de la cité s’inscrit dans le registre des casus belli entre bandes rivales. De plus, en se situant dans le registre martial du défi viril, le ministre de l’Intérieur (N. Sarkozy) s’attirait les répliques convenues chez ceux qui l’adoptent. » [4] Les émeutes sociales ne sont plus qu’une « guerre » entre ennemis intimes, une rixe entre un ramassis de crapules et un ministre de l’intérieur, chef de bande ; une bataille entre des meutes de bêtes féroces se disputant un territoire.

La révolte de 2005 est spontanée, confuse, sans projet ; elle n’est pas préméditée, organisée, encadrée, structurée ; elle est une « jacquerie » sans lendemain, un feu de paille, et non pas un mouvement révolutionnaire coordonné. Elle exprime le désarroi et non une conscience sociale et politique. L’autre enseignement est la défection non seulement des jeunes, et des grandes organisations de la société civile, notamment les associations citoyennes, mais également des centrales syndicales et des partis politiques, bien entendu de gauche. Ceux-ci ont depuis longtemps abdiqué, car ils ne comprennent pas, reconnaissent pas cette partie de la jeunesse. Dans un tel environnement de renonciation, la présence de l’Etat et de l’ensemble de la collectivité nationale se confondent avec l’uniforme policier, symbole par excellence, d’une société répressive. Les pouvoirs publics maintiennent un cordon « sanitaire », une barrière de sécurité. L’Etat, relayé par les médias, présente cette image offensante au reste de la France. Est-ce la solution pour enrayer les amalgames, endiguer les discriminations, un chômage et une pauvreté endémiques ? Population parquée dans des constructions « jetables », à la date de péremption constamment prorogée, des favelas sans Copacabana ni Ipanema. Que veut-on ? Que ces jeunes se vêtent de haillons, se résignent à la mendicité ? Peut-être, rêve-t-on, secrètement, à leur éloignement. Certains sont déjà partis et partiront mais à Londres, New York, Montréal, Dubaï, Pékin…

Le 23 novembre 2005, le rapport de la direction centrale des renseignements généraux (DCRG), publié par le journal le Parisien, du 8 décembre, nous livre quelques indices : « Les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms. Ceux qui ont saccagé les cités avaient en commun l’absence de perspectives et d’investissement par le travail dans la société française ».

Le rapport reconnaît le caractère déstructurant de cette inactivité mais non pas les causes avancées par les jeunes. Remarquons le verbe « se sentent », cela sous-entend que la précarité et les préjugés ne sont pas les fondements de cette marginalisation mais sont un simple ressenti, une impression, une sensation, et non la réalité. Les jeunes d’origine maghrébine et africaine, issus de ces territoires, sont les plus affectés, selon l’enquête de l’Observatoire des discriminations de l’université Paris 1 en 2005. [5]

Le rapport de l’Observatoire des zones urbaines sensibles (ZUS), du 30 novembre 2005, quant à lui, note la persistance du malaise social. Les quatre millions d’habitants des 751 quartiers (classés ZUS) vivent dans une grande pauvreté ; comparés à la moyenne nationale, le revenu fiscal est inférieur de 40 %, la couverture médicale de ces territoires est deux fois moins dense, la délinquance est supérieure de 50 %, les taux de chômage et d’échec scolaire sont deux fois plus élevés.[6] Dans le domaine éducatif, les pouvoirs publics et les associations ont conscience de la banqueroute dans les quartiers populaires, cependant l’échec est à attribuer à la société dans son ensemble et non seulement à l’institution scolaire. Les jeunes n’éprouvent nulle motivation car le diplôme ne leur offre aucune perspective ou si peu. Les chômeurs diplômés du quartier en témoignent. Tant que l’on n’a pas abattu ce carcan territorial, économique, social, culturel, psychologique, les enfants bouderont, contesteront l’école, car coupée de leur réalité ; elle est un corps stérile, d’un autre monde, qui promet un avenir, prend des engagements que la société ne tient pas. Dans le milieu des années 1970, à la suite de l’incendie du collège Pailleron, à Paris, provoqué par deux élèves (« mono-nationaux »), le mot- d’ordre était « la seule critique de l’Ecole est celle de l’allumette ». On s’est enflammé autour de cet acte stupide et criminel, provoqué par l’imbécilité et le mal-être inhérents à cette période de la vie ; on a devisé autour de l’adolescence et de ses tourments. Le traitement est tout autre si le jeune homme est « Africain » ou « Maghrébin ». De nos jours, la segmentation de la jeunesse doit être appréhendée dans son ensemble ; en effet, il faut, également, se soucier de l’institution scolaire en dehors des quartiers populaires ; la méconnaissance de l’autre, érigée en principe confidentiel, et l’indifférence n’ont pas disparu. Il est indispensable d’éduquer les jeunes des « territoires demeurés dans la République » à l’antiracisme, à la tolérance, à l’ouverture d’esprit et aux ravages des discriminations ! Pourquoi n’inculque-t-on pas à ces élèves toute la vérité historique, que l’on démonte les préjugés, de l’orientalisme à l’extrême- droite actuelle et pas uniquement ? Pourquoi ne leur parle-t-on pas de l’autre, de sa civilisation, de sa culture d’origine ? L’hégémonie culturelle est si prégnante. Nombre de ces élèves « loyalistes », parfois des enseignants, reproduisent, également, les poncifs présents dans la société. Ils perçoivent, connaissent ce compatriote au prisme de la dévalorisation et votent Front national dès l’âge de 18 ans. La société se rigidifie, ankylosée par deux siècles de destruction, de piétinement de l’image de l’autre. Les conséquences de cette construction idéologique peuvent être, parfois, déroutantes. L’apartheid est d’abord dans les esprits. La révolte de l’année 2005 traduit pour les « propriétaires légitimes » de cette terre, non pas une détresse mais de l’ingratitude de la part de cette population. Nous revenons au sempiternel rapport de force, le faible endure, en silence, la domination du puissant. Cette dimension prend, ici, un caractère post- colonial qui n’est pas à dédaigner ; il est illustré par le recours au couvre-feu en novembre 2005 et l’exhumation d’un texte datant de l’époque de la guerre d’Algérie. Celui-ci couvre l’assassinat, le 17 octobre 1961, de centaines d’Algériens, manifestant pacifiquement, à Paris et dans sa proche banlieue, ainsi que la répression, en Nouvelle-Calédonie, des Kanaks de décembre 1984. Entre ces deux évènements, il eut le mouvement du printemps de 1968 ; l’Etat français n’a pas usé de l’arsenal répressif, prévu par la loi n° 55-385 du 3 avril 1955, contre la jeunesse estudiantine française de Mai 1968. (…). Ce texte permet aux préfets d’instaurer un couvre-feu pour enrayer les violences urbaines.

(…).

L’abandon de ces quartiers en déshérence, est comblée par d’autres. La responsabilité est collective, celle des citoyens, des organisations sociales, politiques, culturelles, des opérateurs économiques, elle n’est pas du seul fait de l’Etat. Alors que l’on habille la révolte française de 2005 des oripeaux ethnique et confessionnel, quelques années plus tard on loue les soulèvements outre-méditerranée censés conduire à la « démocratie » et la « modernité » ; on caricature les jeunes français tandis qu’on célèbre ces jeunes arabes qui se rebellent mais « chez eux ».

 

[1] https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/focus/double-nationalite-identite-nationale/

[2] Voir Le Goaziou, V., Mucchielli, L., (2013), « Quand les banlieues brûlent… Retour sur les émeutes de novembre 2005 », Paris, la Découverte, 176 pages.

[3] Dekeyser, Martin (2008), « Les émeutes de 2005 : une révolte ambivalente », EHESS-CESPRA, Résolument jeunes, n°23, juin- août 2008.

[4] « Les raisons et les causes de l’émeute de novembre 2005 », 13/11/2013, huffingtonpost.fr/…/ les-raisons-et-les-causes-de-lemeute-de-novembre…

[5]cergors.univ-paris1.fr/observatoiredes discriminations 2005

[6] www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/054000698/0000.pdf 30/11/2005

 

Espagnols et Marocains en Algérie (Oranie) pendant la crise économique internationale de 1930-1939

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Ce travail se propose d’analyser la condition des Espagnols et Marocains dans l’Oranie des années 1930-1939. Dans ce département de l’ouest de l’Algérie, à l’instar de l’ensemble du pays, la ligne de partage est communautaire, reposant sur l’identification ethnico-religieuse. Le système ségrégationniste mis en place par la puissance coloniale, séparant les Européens des Indigènes, prévaut dans l’ensemble de la société. L’Algérien, soumis au code de l’indigénat, ne peut prétendre à la citoyenneté que par une naturalisation individuelle et très sélective[i], tandis que le droit du sol offre à l’Européen né en Algérie l’opportunité de devenir Français. Dans l’échelle sociale, l’Algérien est relégué dans une position d’infériorité tandis que le Français et l’Espagnol occupent le rang supérieur. Ces derniers ne sont pas différenciés dans le monde du travail (mêmes salaires et catégories professionnelles), dans l’activité politique et syndicale, dans le discours des formations politiques[ii] et sociales, dans la presse (toutes tendances), en matière de droits sociaux (allocation chômage, solidarité), dans l’administration (statistiques, correspondances, circulaires, etc.), dans la répartition spatiale (quartiers européens). Toutefois, cette région, privilégiée par ces migrants lors de leurs déplacements en Algérie, se distingue des deux autres départements (Alger et Constantine) ; la singularité de l’Oranie est la similitude ethnique, confessionnelle, culturelle et la proximité historique et géographique entre les communautés autochtones et étrangères.[iii] Durant, la décennie étudiée, la crise économique internationale exacerbe les contradictions d’une société, structurellement ségrégationniste, cumulant sous-développement et dépendance (exportation de matières premières et agricoles – importation de produits manufacturés) ; ce contexte inédit engendre un marasme aux multiples effets, notamment un chômage de masse et une crise sociale aiguë ; boucs émissaires par excellence, les étrangers ne sont pas épargnés. L’étude de ces groupes est souvent demeurée circonscrite aux migrations européennes, parce qu’elle s’est confondue avec l’histoire du peuplement de la colonie. La recherche a favorisé ces derniers[iv], population au devenir particulier car appartenant de fait à la communauté dominante, bénéficiant des privilèges liés à cette origine et appelée à accéder à la citoyenneté française. Ces Espagnols apparaissent comme des expatriés et acteurs involontaires du peuplement colonial. Les Marocains[v], quant à eux, intéressent moins la recherche; exceptées les problématiques telles que la nationalité ou les communautés[vi], les travaux d’histoire sociale portant sur le monde ouvrier, le syndicalisme, les mouvements sociaux, le salariat dans l’Algérie coloniale ne leur donnent nulle visibilité ; ils ne distinguent pas le Marocain de l’Algérien, ni le migrant d’origine européenne du Français, reprenant ainsi les catégories administratives usitées dans la société (Indigènes ou Musulmans et Européens).[vii] On ne peut pourtant réduire les migrations à cette réalité partielle et « hégémonique » de peuplement européen ou colonial, bloc monolithique, indifférencié et se satisfaire de la figure d’un étranger, vecteur de la colonisation. Ces approches voilent la variété des situations, des motivations des individus et des groupes. Dans un contexte de parenté culturelle des communautés, la condition du migrant, au-delà de ses aspects classiques, revêt ici un caractère particulier, recouvre une réalité complexe, enchevêtrée. Cette imbrication rend cette figure floue ; toutefois, celle-ci est restituée, révélée par les conséquences de la dépression internationale, notamment la politique migratoire (recensement de la main-d’œuvre dans les entreprises, quotas), les incidents (rapports policiers, administratifs, syndicaux), la correspondance (collectivités locales, patronat, migrants, Français, Indigènes) et s’impose à nous. En effet, les Espagnols et les Marocains apparaissent en tant que tels, dissociés des deux catégories « Musulmans/Européens ». La pluralité des situations produit des différences entre les deux migrations, bien qu’elles soient toutes deux encouragées par la puissance coloniale. Les Espagnols, composante indispensable, bénéficient d’un traitement de faveur car ils répondent au projet de la puissance impérialiste dont les objectifs économiques et politiques sont imbriqués. Le cas des Marocains n’est pas moins complexe car issus d’un pays divisé, dominé par deux puissances européennes (France et Espagne), soumis à leurs législations et au pouvoir discrétionnaire de leurs administrations. Ces migrations légales et clandestines, ces flux organisés et spontanés, individuels et collectifs sont encouragés par le patronat, des collectivités locales et l’Etat. Mais la crise économique, par la division des rangs salariés, introduit une perception non plus exclusivement ethnico- confessionnelle mais « nationale », renforcée par la législation migratoire. Cette image d’un étranger apparenté culturellement se modifie et suscite la défiance à l’égard de ce travailleur devenu concurrent et facteur de déclassement. En dissociant les nationaux (Français et Indigènes algériens) des migrants, l’Etat introduit, dans le champ économique, l’appartenance à la colonie comme ligne de partage. Par conséquent, l’accès au marché du travail rend, pour les Espagnols, la citoyenneté française indispensable. Toutefois, le contexte géopolitique (mobilisation) peut prévaloir sur l’environnement économique et affecter le comportement de certains migrants et « néo-français » face à la nationalité. Ce vocable de « néo-français », usité par les contemporains pour désigner leurs nouveaux compatriotes, distingue au sein des citoyens, ceux dont l’origine étrangère est encore palpable. En effet, les Espagnols nés à l’étranger acquièrent la nationalité française par la naturalisation et pour ceux nés en Algérie, en vertu du droit du sol. Quant aux Marocains, l’Etat colonial doit préciser le statut de ceux issus de la zone française des natifs de la zone espagnole. En les scindant, il va favoriser, indubitablement, les premiers. En effet, le gouverneur général, chef du gouvernement et de la haute administration de l’Algérie (administration, police, armée), ne peut ignorer les desideratas des employeurs et du Protectorat. Ce haut fonctionnaire est nommé pour une durée de six mois par le Ministre de l’Intérieur ; toutefois, seul celui-ci est responsable de l’administration de l’Algérie devant le Parlement. En outre, les services non musulmans de la Justice et de l’Instruction publique sont du ressort des ministres de tutelle.

[i] De 1865 à 1962, 7 000 Algériens sont naturalisés français. En 1881, le Code de l’Indigénat fixe et détaille la ségrégation introduite par le senatus consulte de 1865 (Second Empire) et demeurera en vigueur jusqu’à la loi du 7 mai 1946, mais en réalité, il perdure jusqu’en 1962. Il introduit des pénalités spécifiques aux indigènes (réunion sans autorisation, départ du territoire de la commune sans permis de voyage, acte irrespectueux, propos offensant vis-à-vis d’un agent de l’autorité, etc.) et scelle la confiscation de leurs terres.

[ii] Voir l’exemple des « Unions latines », organisation nationaliste, antisémite et ségrégationniste regroupant les « Latins » (Français, Espagnols, Italiens et Maltais). Cette formation est créée par le député maire d’Oran Jules Molle. Ou les « Amitiés Lambert » qui se transforment en « Amitiés latines », professant un anti- sémitisme virulent. L’abbé Lambert fonde, également, le RNAS (Rassemblement national d’action sociale) d’inspiration nationaliste.

[iii] Oran est en relation avec l’Espagne depuis le Moyen-Age. Elle fut sous sa domination durant 263 années, de 1509 à 1708, puis de 1732 à 1792. Dans l’Algérie coloniale, les Européens (Français-migrants) sont majoritairement originaires du sud de l’Espagne. Les Marocains et Algériens partagent la même origine berbéro- arabe et sont de confession juive et musulmane sunnite de rite malékite pour la plupart.

[iv]Vilar, J.-Bautista, (1975), Emigración española a Argelia (1830-1900). Colonización hispánica de la Argelia francesa, Madrid, 537 pages.

-Flores, Christian, (1983), L’Oranie française et l’Espagne. Les composantes hispaniques d’un département français (1830-1962), thèse de doctorat, Université de Rennes II.

Jordi, Jean-Jacques, (1986), Les Espagnols en Oranie, 1830-1914. Histoire d’une migration, 317 pages.

[v] Milliot, Louis, (1933-1934), L’exode saisonnier des Rifains vers l’Algérie, in Bulletin économique du Maroc, N°5, p. 313-321.

-Vilar, J.-Batista, (1985), Los origines de la inmigración laboral marroquí en la Argelia francesa, los rifenos en la Oranie (1855-1963). Cuardernos de la Historia Moderna y Contemporanea, Madrid, p.117-146.

-Aziza, Mimoun, (2011), L’émigration dans le Rif marocain (XIX-XXe siècles). Une approche historique in Bokbot, Cebrian, et alii, Les migrations marocaines. Universidad de Murcia, p.15-37.

-Aziza, Mimoun, (2012), Les flux migratoires entre le Maroc et l’Algérie à l’époque coloniale, in Abécassis, et alii, La bienvenue et l’adieu, migrants juifs et musulmans au Maghreb (XVe-XXe siècle), 2e partie, colonisation et distorsion de l’espace, Casablanca, La Croisée des chemins, Paris, Karthala, p.151-166.

 

[vi] Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (REMM), (2014) : La nationalité dans le monde arabe : une histoire sociale (des années 1830 aux années 1960), Aix-Marseille.

-Centre d’histoire du 20e siècle, axes de recherche (2014) : Guerres, Empires et migrations, Paris I.

-Blévis, Laure, (2001), Les avatars de la citoyenneté en Algérie coloniale ou les paradoxes d’une catégorisation, Droit et Société, n°48, pages 557 – 580.

-Stora, Benjamin, (2008), Les trois exils : Juifs d’Algérie, Paris, Hachette, 232 pages.

Taïeb, Jacques, (2012), Migrations des populations juives et musulmanes à l’intérieur de l’espace maghrébin, XIXe et XXe siècles, in Abécassis, et alii, op.cit, pages 115-124.

[vii] Touati, Lahouari, (1981), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier de l’Oranie, université d’Oran, CDSH, n°8, 214 pages ; (1984), L’Oranie colonisée 1881-1937, thèse d’histoire, Nice, 468 pages.

-Benallègue, Nora, (1981), Le mouvement syndical en Algérie (1930-1942), thèse d’histoire, Paris 7, 460 pages.

-Carlier, Omar, (1982), Historiographie et méthodologie. Contribution à une histoire comparée du mouvement ouvrier maghrébin dans l’entre- deux- guerres, CDSH, Oran, 95 pages.

-Liauzu, Claude, (1983), Pour un programme de recherche sur le travail et les mouvements sociaux maghrébins, Cahiers de la Méditerranée, n° 2, pages 183 – 206.

-Abid, Ahmed (1985), Mouvement syndical et luttes sociales en Oranie 1942-1951, thèse d’histoire, Paris 7, 397 pages.