CGT et travailleurs algériens: Les bains maures d’Oran (1937).

Les professions au sein desquelles salariés, patronat et usagers sont musulmans sont nombreuses. Ainsi, des corporations strictement indigènes, tels les garçons bouchers, les tripiers, etc., rejoignent la CGT et revendiquent pour la première fois, à l’instar des employés des cafés maures de Tlemcen qui concluent leur convention collective le 17 août 1937 ou bien ceux des bains maures de Mostaganem et d’Oran. Dans ces derniers établissements, les salaires sont bas et les conditions de travail difficiles. Les employés forment deux catégories, les masseurs et les garçons de salles. Les premiers lavent et massent entièrement le client durant une quinzaine de minutes dans une chaleur accablante. La plupart gagne cinq francs par jour ouvrable ; une infime minorité perçoit six francs et plus rarement sept francs. Le personnel de salle plie les serviettes, fait des massages et sert les boissons (café, thé, eau) en échange d’une indemnité journalière de trois francs. Le consommateur s’acquitte d’une somme de quatre francs pour le bain, de 1 franc pour la limonade et de cinquante centimes pour les boissons chaudes que l’un ou l’autre des garçons prépare. Les employés sont tenus, également, de laver les vêtements des usagers, sans compensation bien que ce travail soit facturé, par le patron, 200 francs environ par semaine. La nuit venue, l’établissement fait office d’ »hôtel » ; les salariés préparent la literie et l’un d’eux demeure en faction devant la porte jusqu’à l’aube. Ce service, payé 2,50 francs par chaque client, ne profite qu’au propriétaire. La durée quotidienne du temps de travail atteint quinze heures, de quatre heures à midi et de dix-huit heures à une heure. La CGT s’introduit dans la corporation oranaise au début de l’été 1937 ; elle encourage la constitution d’un syndicat et met en forme un document de dix revendications :
• Rajustement des rémunérations indexé sur l’indice du coût de la vie.
• Limitation à huit heures du temps de travail quotidien.
• Congés payés et repos hebdomadaire.
• Refus du double emploi du personnel.
• Le maintien de l’usage d’une pièce affectée à la cuisine.
• La possibilité de coucher dans l’établissement.
Les patrons s’opposent vivement au syndicat ; ils congédient ses membres les plus actifs et contraignent la base à approuver une déclaration reniant leur appartenance à l’organisation ouvrière.
Les employés, dont le nombre s’élève à 91 personnes d’après l’Annuaire statistique, ripostent par la grève. Les négociations s’ouvrent le 20 juillet 1937 ; les patrons justifient leur opposition en invoquant les us et coutumes régissant les relations avec leur personnel. Dans le domaine salarial, le procédé réside dans le partage mensuel de la recette dont la moitié revient au propriétaire. Les employeurs, alléguant l’irrégularité de la clientèle, particulièrement en été, récusent la rétribution journalière. Les travailleurs rétorquent que celle-ci existe de fait et qu’ils n’ont aucun droit de regard sur la recette car seul le patron est dépositaire de la caisse. Quant à la réintégration des licenciés, les propriétaires préfèrent surseoir à cette décision jusqu’à la formation de leur organisation. Le 22 juillet, ils créent, à titre provisoire, l’Union des patrons de bains maures d’Oran, présidée par A. Habiche. Celle-ci jugent irrecevable les réclamations ouvrières en raison de la diminution inquiétante du volume de la clientèle, proie du chômage : « Vous connaissez très bien la situation miséreuse des indigènes qui trouvent même trop cher le prix actuel de 2 Frs pour un bain. »
En signe d’apaisement, les employeurs concèdent le partage en parts égales de la recette brute, les pourboires, la nourriture et le logement en sus, ainsi que le congé annuel à tour de rôles, la reconnaissance des délégués syndicaux et un préavis de huit jours en cas de renvoi ou  de départ volontaire. Le patronat souligne le caractère éminemment égalitaire de ce mode de fonctionnement : « Comme vous le voyez, Monsieur le Préfet, l’exploitation de nos établissements est faite en collaboration avec nos employés, nous sommes peut-être plus socialistes que les agitateurs qui cherchent à semer la discorde. Il y a pour ainsi dire une association entre nos employés et nous. » Les concertations reprennent le 28 et 30 juillet. Les trois délégués patronaux des quatorze principaux bains oranais acceptent le principe de la rémunération journalière mais entendent conserver la durée usuelle du temps de travail, soit plus de 57 heures par semaine.
Tableau : Salaires en francs.
Vœu ouvrier/ Vœu patronal/ Vœu administration

Eté      25                          10                          15

Hiver  25                          10                          20

Les syndicalistes présentent, alors, un autre arrangement : Le partage de la recette intégrale sous leur contrôle. Les propriétaires objectent qu’il faut, dans ce cas, défalquer des frais généraux ceux occasionnés par le travail des femmes. L’inspecteur du travail cite le cas des pêcheurs qui ont agréé cette solution. Le 30 juillet, les seize patrons négocient avec Bertrand, représentant de l’UD. La préfecture suggère, en vain , l’application des lois sociales et une nouvelle grille salariale : Quinze francs par jour pour les masseurs et dix francs pour les garçons de salles ; les pourboires ne sont pas compris. Découragé, Cayol porte le désaccord devant la commission de conciliation. La médiation s’ouvre le 4 août, en présence des membres permanents Solal et Vallier du SCI ainsi que Sagne, Zannettacci et Mazouzi. Les deux parties sont représentées par trois ouvriers et trois patrons (Habiche, Bachtarzi, Haoues). Cayol voit dans la dispersion de ces derniers une entrave à l’application de la future convention collective. Bachterzi avec l’assentiment de ses confrères du bas-quartier (Sid-el-Houari) est favorable à l’organisation de la profession. Haoues et Habiche, non-mandatés par leurs pairs du quartier de M’dina J’dida, cèdent à la pression générale. Bachterzi promet solennellement la formation prochaine d’un syndicat. Zannettacci et l’inspecteur du travail convient les partenaires à s’aligner sur les modalités mostaganémoises, soit un salaire journalier d’un montant de dix francs, les pourboires en sus, pour cinquante heures de présence dont quarante heures d’activité effective. Les intéressés sont satisfaits de ce compromis. Le vœu de Sagne d’offrir une indemnisation de l’ordre de deux francs au titre de l’hôtel est exaucé. Bachterzi et Sagne sont reçus, le 9 août, par Cayol afin d’officialiser l’accord verbal. La mise au point définitive du contrat échoit à l’inspecteur du travail.

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Le Front populaire en Oranie (Algérie) : Mouvements sociaux en société coloniale (juin-novembre 1936).

INTRODUCTION
Si l’on veut saisir une société, quelle qu’elle soit, l’étude des relations qu’entretiennent ses différentes composantes s’impose à nous. Le mouvement syndical rend cette exploration possible en société coloniale, car il entraine, sur la scène sociale, l’ensemble des autres acteurs : Salariés, patronats algérien et européen, administration, élus. Endossant, à la fois, les rôles d’agitateur, de porte-parole, d’intermédiaire et d’interlocuteur, son objectif premier est de tisser des liens entre des groupes d’ouvriers-employés segmentés, isolés et de les organiser ; ainsi en propulsant ces derniers sur le terrain revendicatif, il éclaire des populations demeurées, jusque-là, dans la pénombre. En effet, l’étude des mouvements sociaux et du syndicalisme contribue à affiner le déchiffrement des relations complexes régissant les composantes de cette société. Toutefois, la recherche, à quelques exceptions, s’est intéressée au syndicalisme dans sa rencontre avec le nationalisme algérien ; une coopération fluctuante, une alliance fragile, caractérisées par de forts antagonismes. En outre, la période de la guerre d’Algérie fut privilégiée et a, quelque peu, éclipsé les époques antérieures. Apports exogènes, le salariat et le syndicalisme sont implantés, dans un pays au mode de production traditionnel, à la faveur de l’introduction, décidée par la puissance impérialiste, du mode de production capitaliste colonial. Cette greffe signifie la naissance d’un prolétariat industriel qui ne peut être, en l’occurrence, que très minoritaire ; cette particularité marque la genèse du syndicalisme et constitue, probablement, une première entrave à son essor. D’autres embûches tels la ségrégation, la répression, les clivages internes (confédérés-unitaires, communistes-PPA) sont, également, susceptibles de le contrarier. Confronté à la multiplication des blocages, le processus de fédération des groupes salariés, voulu par la CGT, risque de cantonner le message de la centrale ouvrière à la communauté dominante et à certaines professions, de l’enfermer dans un carcan ethnique, social et spatial (ouvriers et employés européens et citadins). En effet, l’organisation de la société sur une base ségrégationniste, inhérente au système colonial, peut être un obstacle insurmontable ; la discrimination segmente cette société en une « cohabitation » de communautés juxtaposées et hiérarchisées. Les Européens, salariés, patronat, syndicats, partis politiques (communiste, SFIO, droite, extrême-droite,), administration, collectivités locales se pensent comme un prolongement de la métropole. Les nationalistes algériens, proches des formations de gauche, appréhendent cet environnement, naturellement, tout différemment. Bien qu’il soit indéniable, que la conscience des Algériens et des Européens soit conçue à partir du contexte colonial et produit des dispositions distinctes pour les uns et les autres, cette réalité, quand elle est « hégémonique », montre des salariés agissant, invariablement, en fonction du déterminant ethnique et religieux ; celui-ci ne peut être le seul à incriminer dans l’explication des pratiques des salariés des deux groupes ; la lecture strictement communautaire masque la complexité, la variété des situations , ainsi que les caractères de la coexistence, de l’interaction des communautés, des contradictions au sein de ces dernières (division sociale, politique) mais, également, entre les sous-groupes (Français / Espagnols ; Algériens / Marocains ; ouvriers algériens / ouvriers européens). Cette décennie 1930-1939 concentre dans les champs économique, social, politique et géopolitique des phénomènes, des tensions de grande ampleur et nous dévoile les traits d’un environnement particulier : Géographique-historique (proximité avec l’Espagne), démographique (Européens d’origine ibérique majoritaire), symbolique (centenaire de la colonisation de l’Algérie), économique (crise internationale), politique (Front populaire, gouvernement de Vichy, nationalisme algérien), géopolitique (guerre civile espagnole, déclenchement du second conflit mondial). Les premières poussées nationalistes et populaires surgissent dans ce contexte inédit et obligent les organisations ouvrières à concilier les intérêts, parfois divergents, des deux communautés algériennes, ceux du sous-prolétariat indigène et du prolétariat européen. Elles développent un discours désignant dans le capitalisme colonial l’adversaire commun, dont les méfaits affectent l’ensemble du salariat, proclament-elles. Pour celles-ci, la revendication qui conditionne, par conséquent, toutes les autres est l’égalité des droits économiques et sociaux entre les composantes de la société algérienne ; cette perspective, portée, également, par la gauche partisane, notamment la SFIO, est supposée répondre aux attentes des musulmans, car au sein de cet univers, la séparation ethnique introduit la mise en compétition communautaire, encouragée par l’État et le patronat ; cette concurrence est un élément de division des travailleurs au quotidien, particulièrement en période de chômage de masse. Dans cette décennie 1930, le sous-développement et la dépendance économique de cette société apparaissent sous les effets de la crise structurelle du capitalisme colonial, amplifiés par la crise conjoncturelle. Cet environnement dépressif a, indéniablement, un impact sur le mouvement syndical. Les salariés sont partagés entre deux loyautés, l’une est « ethnique », l’autre est sociale. Chez les Européens paupérisés, la tentation de se recroqueviller sur les privilèges inhérents à leur groupe peut être irrésistible tandis que la nouvelle conjoncture politique les engage vers plus de conscience de classe. L’Algérien, quant à lui, n’ayant nul privilège à défendre, peut demeurer figé dans une position de méfiance face à l’action revendicative et ne conquérir aucune amélioration de sa condition ou bien accompagner, temporairement, ce mouvement au projet politique, implicite, opposé à celui des indépendantistes. Néanmoins, la crise sociale aigue, affectant une population déjà miséreuse, conjuguée à l’effervescence revendicative et le soutien des travailleurs européens donnent l’opportunité aux indigènes d’exiger les mêmes droits économiques et sociaux mais, également, de formuler des doléances propres et le mouvement syndical de les insérer dans ses préoccupations. L’étude des conflits nous permet, par conséquent, d’approcher ces ouvriers et employés, de saisir les comportements, les attentes des uns et des autres, d’appréhender les tiraillements liés notamment à l’adaptation au monde salarial pour les indigènes, et à l’apparition et au développement d’une conscience sociale au sein des salariés des deux communautés. Cette conscience sociale s’enclenche avec l’intensification de la contestation, suscitée par un syndicalisme offensif, et sa transformation en lutte des classes. Cette ambition, qui est celle des responsables ouvriers, engendre, immanquablement, un climat conflictuel opposant la CGTU – CGT aux patronat et autorités coloniales ; ces derniers veulent contrarier son enracinement dans l’ensemble des communautés, et tout particulièrement chez les indigènes. Cet antagonisme idéologique profond et ancien est, également, un autre facteur de déstabilisation de la centrale ouvrière. Toutefois, le bouleversement politique du printemps-été 1936 propulse les organisations syndicales ainsi que les travailleurs des deux communautés dans une situation inusitée en société coloniale. Cette nouvelle conjoncture métropolitaine et la réunification de la CGT, en mars 1936, favorisent, certainement, le processus de fédération des salariés européens et indigènes ainsi que l’avènement d’une conscience commune ; ce changement renforce, à la fois, la centrale ouvrière et le mouvement syndical dans son ensemble. À l’instar de la métropole, celui-ci est divisé : CFTC et CGT-CGTU jusqu’en 1936. Cette offre plurielle induit une compétition quantitative (niveau d’audience) et idéologique entre ses composantes. De toute évidence, dans le contexte algérien, la Confédération chrétienne est désavantagée par sa dénomination ; elle est desservie par son confessionnalisme pour représenter les travailleurs des deux autres religions (musulmane et juive). A l’opposé, la CGT se présente comme un espace dans lequel la ligne de partage communautaire n’a pas lieu, bien qu’elle demeure tributaire de son environnement ; néanmoins, avec l’évacuation un temps des tensions internes (communistes, réformistes, nationalistes algériens), elle peut amorcer une modification profonde dans sa composition ethnique et professionnelle. La mutation n’est pas chose aisée, car le mouvement syndical doit attirer la masse des travailleurs algériens des secteurs gros employeurs de main-d’œuvre mais, également, élargir sa base en s’introduisant dans les petites corporations européennes et indigènes, sans tradition revendicative ; en effet, le paternalisme est un élément d’isolement de ces dernières, les empêchant de s’organiser. Leur attitude face au patronat, musulman et européen, est un indicateur du degré de cette conscience sociale encore balbutiante. Toutefois, pour la centrale syndicale, les ouvriers sont le fer de lance des luttes sociales et doivent être en mesure d’unifier durablement les groupes salariés et permettre la formation d’un embryon stable de classe ouvrière. Mais, en raison de la fragilité des grandes corporations (ports, BTP, agriculture), les tâches d’encadrement, de direction échoient à l’avant-garde organisée dans les partis ouvriers et ferment du syndicalisme. En effet, l’émergence de responsables efficients et représentatifs dépend d’effectifs nombreux, constants et diversifiés. Majoritairement européens et communistes, les leaders du mouvement syndical s’appuient sur les deux grandes corporations des travailleurs des ports et du BTP. Européens et indigènes s’y côtoient, toutefois les premiers sont ouvriers-employés, les Algériens sont journaliers, manœuvres, manutentionnaires, dockers et perçoivent les plus basses rémunérations. La mobilité et la précarité de ces derniers peuvent engendrer des aléas organisationnels et compromettre la survie du syndicat. La corporation des dockers, majoritairement indigène et oranaise, occupe, dans l’économie coloniale, une position stratégique ; la grève dans le monde maritime est une arme redoutable ; le rapport de force propulse ces ouvriers à l’avant-garde du combat revendicatif ; le leadership leur revenant naturellement, les dockers oranais prennent en charge la défense et la fonction de représentation des salariés des autres ports du département. Sans nul doute, les préoccupations communes à l’ensemble des travailleurs sont la question salariale, l’application des accords de Matignon et la mise en place de la politique contractuelle. La satisfaction de ces revendications est essentielle car le manque de maturité des salariés mais, également, leur aspiration à mieux vivre et la concurrence entre centrales ouvrières risquent de remplacer la désaffection d’avant juin 1936 par un nomadisme syndical. Par conséquent, les négociations pour la conclusion des conventions collectives sont un enjeu fondamental pour la pérennité de l’organisation ouvrière. Cette politique contractuelle introduit la figure de l’autre protagoniste qu’est le patronat. En définitive, la greffe du mouvement syndical, corollaire du capitalisme colonial, peut être vigoureuse à condition que celui-ci s’ouvre aux larges masses indigènes des villes (chômeurs, secteur informel, laissés pour compte) et des campagnes. Car s’il demeure majoritairement européen et citadin, il hypothèque le processus de fédération des salariés et la naissance d’une classe ouvrière. L’impact de la multiplicité des antagonismes ne rend-il pas la tâche du syndicalisme des plus ardue, voire illusoire ?
Les grèves de 1936.
En 1936, la protestation des travailleurs se propage à l’ensemble de l’activité économique, en crise profonde. Dans cet environnement dépressif, le degré de mobilisation des salariés est fonction de la position stratégique, du poids économique et numérique de la branche, ainsi que de l’ancienneté des traditions syndicales. Toutefois, le facteur essentiel qui donne à ce mouvement revendicatif son caractère exceptionnel, tout particulièrement en société coloniale, est politique, en l’occurrence l’arrivée au pouvoir à Paris du Front populaire. En effet, à compter de juin 1936, de nombreux textes législatifs sont promulgués en France. Ils réglementent les conditions et relations de travail, les salaires, les nouveaux droits sociaux et syndicaux. La définition des modalités d’extension à la colonie fait l’objet de cinq textes, s’échelonnant de février 1937 à septembre 1938.
En juin-juillet 1936, le mouvement revendicatif s’accélère et s’amplifie ; près de la moitié des 94 cessations de travail recensées par le préfet, tandis que l’Annuaire statistique de l’Algérie en comptabilise 76, ont Oran pour théâtre. Le mois de juin draine l’espoir de 11340 hommes et femmes, auteurs de 62 grèves réparties dans 52 professions et entreprises soit environ 36 secteurs d’activité.
Tableau : Nombre de grévistes en juin 1936 dans les principaux secteurs.

Dockers     BTP     Chômeurs    Tabacs

3000          2740           761             580

Chauffeurs routiers      Sandaliers

512                                       449

Métallurgie                   Cavistes / Tonneliers
429                                       408 / 184

La quarantaine d’autres métiers et sociétés (chimie, pétrole-carburant, services, agroalimentaire, hôtellerie, textile, bois, commerce, imprimerie, etc.) regroupent moins du quart des grévistes. Juin 1936, marque la plus forte mobilisation de la décennie des ouvriers de l’industrie du livre (194 personnes).
Tableau : Nombre d’entreprises et de grévistes:17-27 juin.
Jours   17       19       21        23    25      27
Entr.   17        –         –        145   192   253
Grév.  350  1665   3700   6391  7643 8257

Le mouvement revendicatif débute le 17 juin, à Oran, par la grève des sandaliers et espadrilleurs, suivie le soir même et le lendemain par celle du personnel de l’entreprise d’autocars Ruffié (130 chauffeurs, carrossiers, mécaniciens). Le 18 et 19 juin, quelques chantiers du BTP sont, également, à l’arrêt. Les conflits s’étendent peu à peu à l’ensemble des secteurs d’activité du département. Craignant que les Indigènes n’adhèrent en masse à la contestation, Mekki, l’adjoint au maire d’Oran, déclare, au matin du 21 juin 1936, aux 550 Algériens rassemblés sur le champ de manœuvre : « Méfiez-vous des menées communistes pour vous faire commettre des excès et par la suite vous faire perdre les avantages que le Gouvernement compte vous faire obtenir par les lois sociales qui viennent d’être votées. » Dans le secteur des caves, les salariés de la maison Mical reprennent le travail le 24 juin. Le soir, ils s’assemblent et décident l’occupation des lieux ; informé, le négociant n’ouvre pas l’établissement le lendemain, signifiant au personnel sa mise en congé payé jusqu’à nouvel ordre. Dans l’hôtellerie-restauration, 393 employés cessent le travail durant cinq jours. Le 25 juin, à Oran, deux jeunes gens se présentent, dans l’après-midi, au Royal hôtel et demandent à rencontrer les femmes de chambre, en vain. Le directeur affirme détenir une arme sur lui. Les militants lui répliquent : « Alors nous serons six à vous tirer dessus. » Puis, ils s’éloignent. L’employeur relate les faits, par téléphone, au commissaire central. L’un des garçons de café, identifié par la police, est un Autrichien âgé de 27 ans, militant communiste. Ce même jour, Cloton, patron du « Au Capitole », déclare avoir reçu la visite de meneurs armés venus débaucher son personnel de cuisine ; l’un d’eux n’est autre que Antoine Serra, le secrétaire du syndicat. Il dénonce, également, l’agression dont est victime son garçon d’office, un Algérien de 25 ans, perpétrée lors de son retour du marché.
Chez les miroitiers, l’entreprise oranaise Debelle et Ricard est occupée, le 24 juin, à onze heures, par ses huit ouvriers. Dans l’après-midi, les garçons-bouchers s’entendent avec leurs employeurs. Le lendemain, contre toute attente, le mouvement se poursuit en dépit de l’intervention du maire d’Oran. Les salariés consentent à ravitailler l’armée et les hôpitaux ; ils s’engagent, néanmoins, à cesser leur action le 26 juin au matin.

Tableau : Nombre de grévistes en juillet 1936.

Bâtiment  Coiffeurs   Manutention

500                150                    70

Meuniers    Bouchers

60                   40

Boulangers       Total

27                         847

Le nombre des grévistes oranais, au 5 juillet, est d’environ 5000 personnes, y compris les corporations maritimes. En août, 27 boulangers et 1800 dockers, très majoritairement musulmans (voir tableau 5), cessent le travail. De juin à août, toujours à Oran, le nombre d’Indigènes mécontents s’élève à environ 3500 personnes, réparties dans 19 corporations.
Tableau : Grévistes indigènes algériens dans les principaux secteurs en été 1936.
Dockers /     Bâtiment  /  Chantiers communaux /
1170/1800      786                          198

Cie dragages/Tonneliers-Caves/Chauffeurs                                                                                158                           131                         122

Limonadiers- restaurateurs  / Carriers  /

85                                                         38

Terrassiers  /  Métallurgistes
30                        28

Les autres branches totalisent 91 grévistes : Minotiers (21), sacs-bâches (18), tabac (14), vanniers (13), bouchers (10), pétrole-carburant (7), manipulateurs de marchandises (4), imprimerie (3), coiffeur (1). Les ouvriers arrachent des hausses de salaires et le congé annuel ; quant aux quarante heures, le patronat ne concède que la journée de huit heures. Bien que la durée hebdomadaire du temps de travail de 48 heures, depuis le début de la décennie précédente, soit réduite à quarante heures par la loi du 21 juin 1936, elle n’est étendue à l’Algérie qu’une année plus tard par les décrets du 8 juin et 25 août 1937. Les textes d’application aux différents secteurs d’activité, tels que ceux du bâtiment du 17 novembre 1936, des carrières et transports terrestres du 27 avril 1937, n’ont pas d’effet automatique en Algérie ; le gouverneur doit le stipuler par arrêté. Ainsi, dans la chimie, le texte d’application du 2 mars 1937 entre en vigueur en Algérie le 31 octobre 1938. Quant à la législation portant sur les congés payés et les conventions collectives, elle ne soulève pas de difficulté d’interprétation chez les partenaires sociaux. A propos des contrats collectifs, la loi vise les seuls employeurs organisés et ne peut, par conséquent, contraindre un particulier ou une société à conclure de tels accords. L’enquête en vue de l’extension de ces derniers est précisée par le code du travail, livre premier. Les résultats sont examinés par le Conseil national économique réformé le 19 mars 1936. Son équivalent algérien est la Commission économique et professionnelle instituée par le décret du 1er août 1936 (article 3) et l’arrêté du gouverneur du 14 novembre 1936.
Tableau : Grévistes en septembre-novembre 1936.
Sept.  150 Chauffeurs  60 Inscrits maritimes
Oct. 20 Chauffeurs  22 Miroitiers 33 Chaux-ciment
Nov. 150 Dockers

Dans les centres urbains du département, ces mouvements revendicatifs ont une intensité inégale. A Arzew, les six grèves de l’été « (…) ont causé un préjudice assez sensible à la classe ouvrière qui a été privée de salaires pendant leur durée. »

A Mostaganem, le second port du département en importance, les sept conflits désorganisent grandement l’économie locale. Le président de la chambre de commerce écrit : « Des événements d’une exceptionnelle gravité dégénérant en émeute se produisirent en ville puis au port. La population vécut durant plusieurs semaines dans la crainte et l’angoisse. Les commerçants continuellement en alerte se tenaient prêts à chaque instant à fermer leurs magasins et baisser les rideaux de fer. »
Tiaret connaît deux mouvements revendicatifs. Mascara vit une situation identique. Dans l’arrondissement de Sidi-Bel-Abbès, onze des 18 grèves se déroulent dans le chef-lieu. A Tlemcen, elles se chiffrent à seize : Six dans la ville de Tlemcen, deux à Béni-Saf, une à Nédroma, et sept à Nemours. Dans ce port secondaire et débouché des produits miniers, Torrecillas organise, le 20 juillet, la grève avec occupation ; les mines de Bou-Arfa, au Maroc, sont atteintes en premier ; le site emploie au déchargement du charbon et du minerai une quinzaine de personnes ; puis le mouvement se propage au BTP ; les dockers demeurent peu mobilisés. Le conflit dans l’entreprise des grands travaux hydrauliques du 8 novembre n’est pas comptabilisé par l’Annuaire. Ces grèves de l’année 1936 ont eu pour effet « (…) un ralentissement dans les transactions, sans toutefois que la population dans son ensemble soit privée des aliments et denrées essentiels. »

PAUL REYNAUD – LA GUERRE- DISCOURS PRONONCE LE 13 ET 28 DECEMBRE 1939.

DISCOURS PRONONCE LE  13 ET 28 DECEMBRE 1939 DEVANT LES DEUX CHAMBRES DU PARLEMENT.  DISPONIBLE SUR AMAZON.FR

La présente édition propose la reproduction de deux discours importants non seulement dans le domaine économique mais également dans les ressorts psychologiques, l’appréhension, la perception, par les contemporains, de cette guerre qui se met en place progressivement. A sa prise de fonction, au poste de ministre des finances à partir du 1er novembre 1938, Paul Reynaud ne jouit pas de la confiance de ses concitoyens car il préconise une politique opposée à celle du Front populaire. Un an plus tard, le 13 et 28 décembre 1939, le ministre soumet, aux deux Chambres du Parlement, le premier budget de guerre et propose un bilan du dernier budget de paix. Dans ces discours, méconnus et prononcés trois mois après le déclenchement de la seconde guerre mondiale, le ministre des finances revient sur les mesures économiques, sociales et financières du Front populaire qu’il désapprouve. Sa politique mise en place, par les décrets- lois de janvier 1940, a deux objectifs, accroître la production et diminuer la consommation. Paul Reynaud met en exergue, également, le précédent qu’est la guerre de 1914-1918 afin de souligner l’impréparation des dirigeants de l’époque et la faculté d’anticipation de son cabinet. En outre, il décrit, dans cet exposé, la situation économique et sociale allemande, compare celle du Royaume Uni à celle de la France et défend l’accord économique et monétaire conclu, le 4 décembre 1939, entre les deux puissances alliées.

 

SALARIÉS, PATRONAT, CGT ET CFTC EN ALGÉRIE (ORANIE) DU FRONT POPULAIRE AU GOUVERNEMENT DE VICHY (1936-1941) ; 2016 ; 337 pages.

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VOIR extrait article  » Le Front populaire en Oranie (Algérie) : Mouvements sociaux en société coloniale (juin-novembre 1936). »

Table des matières

Introduction
I / Le mouvement syndical : Réunification et réorganisation.
I / 1. La CGT (1929 -1943)
I / 1.1. L’Union départementale
I / 1.2. Les Unions locales
I / 1.3. Les syndicats : réunifications et créations
I / 2. La CFTC
I / 2.1. L’Union oranienne et sections
I / 2.2. Les syndicats
II / Les mouvements revendicatifs
II / 1. Les grèves de l’été 1936
II / 2. Les grèves de 1937
II / 3. Les grèves de 1938
III / Les ouvriers des ports : Une corporation stratégique
III / 1. Réunification et réorganisation (printemps 1936 – été 1937)
III / 2. Le mouvement revendicatif dans les ports (1929 – 1938)
III / 2.1. Grèves et incidents (été-automne 1936)
III / 2.2. La solidarité ouvrière (1937-1938)
III / 3. Conventions collectives : Doléances et tractations (1936-1941)
III / 3.1. Les commissions paritaires
III / 3.2. Salaires et temps de travail
III / 3.3. Conditions de travail et innovations techniques
III / 3.4. Les congés payés
III / 3.5. Les fêtes musulmanes (1937)
III / 3.6. Reflux des avancées sociales et collaboration (1939-1941)
IV / Les travailleurs du BTP : Une main-d’œuvre précarisée
IV / 1. La réorganisation
IV / 2. Le mouvement revendicatif des travailleurs du BTP
IV / 2.1. Les conflits de l’été 1936
IV / 2.2. Les autres conflits (1937-1939)
IV / 3. Les ouvriers du BTP : Doléances, négociations et conventions collectives
IV / 3.1. Des négociations laborieuses
IV / 3.2. Salaires, congés payés, conditions de travail (1936-1939)
V / Les petites corporations, patronat, CGT et CFTC : lutte d’influence
V / 1. La CGT, un syndicalisme offensif
V / 1.1. Les bains maures : Un secteur d’activité indigène
V / 1.2. Conserveries de poisson : La « Sardinière » de Mers-el-Kébir : Étrangères et mineures
V / 1.3. L’industrie du tabac : Un personnel féminin
V / 1.4. Caisses et emballages : Une main-d’œuvre étrangère
V / 1.5. Syndicat du port et chambre de commerce : Défaite syndicale
V / 1.6. Les sacheries-bâcheries : Employés et ouvriers rallient la CGT.
V / 1.7. Les transports : Un patronat fragmenté
V / 2. CGT et CFTC : Compétition et coopération
V / 2.1. Employés des sociétés maritimes : Course à la représentativité
V / 2.2. Employés des assurances : La double appartenance syndicale
V / 2.3. « Métallurgie – automobile » : Partage des tâches
V / 2.4. Employés de commerce : Coopération, dissension, désistement
V / 3. La CFT, instrument de l’opposition patronale
V / 3.1. L’agro-alimentaire
V / 3.2. Le Commerce
V / 3.3. L’industrie
Conclusion
Carte 1
Carte 2
Repères chronologiques de la vie politique et sociale de l’Oranie dans l’entre-deux-guerres
Notice biographique
Table des annexes
Sources
Bibliographie

Les Français et leurs concitoyens issus de la diversité : Quelques révélateurs de cette relation

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                                            EXTRAIT

 II /1 Une citoyenneté contestée

En Europe, la double allégeance est reconnue par les traités et elle est pratiquée ; les ressortissants de l’Union européenne et des Etats liés par accord à l’espace économique européen (Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse, Monaco, Andorre) ont accès à la fonction publique française depuis 1983. Par conséquent, cette question fait l’objet d’un consensus au plan supranational mais pas national.

(…).

En mars 2015, dans le gouvernement de M. Valls, nous avons des ministres franco-canadien, franco-allemand, franco-marocains. Naturalisée Française, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a gardé sa nationalité espagnole. La double allégeance n’est pas, uniquement, le fait des étrangers mais également de Français, moins nombreux, ayant opté pour une seconde citoyenneté. Le député UDI des Français de l’étranger (huit pays méditerranéens) depuis 2013 et ancien vice-président du CRIF, Meyer Habib, a exercé une activité politique en Israël et a acquis la nationalité de ce pays. Cette situation n’est pas une singularité de ce parlementaire. De parents géorgiens arrivés en France dans les années 1920, Salomé Zourabichvili, née à Paris, commence sa carrière, en 1974, au sein des services du ministère des affaires étrangères. Puis, elle dirige le bureau des affaires internationales et stratégiques au sein du secrétariat général de la défense nationale pour le premier ministre jusqu’en décembre 2001 ; elle collabore, également, avec le bureau des affaires stratégiques pour l’OTAN. En novembre 2003, elle est nommée au poste d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de France en Géorgie. Puis le 18 mars 2004, désignée par le président Mikheil Saakachvili, elle est la première femme ministre des affaires étrangères de ce pays. Le lendemain, 19 mars, Paris promulgue le décret portant cessation de fonctions de l’ambassadrice. Le 20 mars, Salomé Zourabichvili acquiert la nationalité de son pays d’origine et est autorisée à conserver sa citoyenneté française par une loi ad hoc voté par le parlement géorgien. Elle demeure à ce poste jusqu’au 20 octobre 2005. (…).

En définitive, les politiciens qui dénoncent, régulièrement, cette binationalité, opèrent une ségrégation au sein même des populations binationales. Car qui visent-ils ? Assurément pas les Européens, les Américains, les Australiens, les Canadiens ! Ils stigmatisent leurs compatriotes d’origine maghrébine ainsi que ceux d’Afrique sub-saharienne. Ils savent que la législation ne peut être modifiée mais usent de cet argument dans l’unique objectif de désignation du bouc émissaire « basané, noir, musulman ». La citoyenneté n’est plus la mesure. Pourtant, l’Institut national d’études démographiques (INED) « observe peu d’impact de la double nationalité sur le sentiment d’être Français. Autrement dit, avoir une double nationalité est une marque d’attachement à ses origines, mais cela n’est pas contradictoire avec une forte identité nationale française. En effet, généralement cette inclination a un caractère familial que national ; la plupart n’exercent pas les droits liés à la citoyenneté d’origine. Il importe aujourd’hui de reconnaître et de respecter le pluralisme des identités, plutôt que de les concevoir comme des allégeances exclusives. » [1] Cette controverse portant sur la binationalité n’est qu’une digression ; elle est, à l’instar d’autres sujets, l’une des sous-catégories de la question plus vaste et irrésistible qu’est l’intégration ; la binationalité est instrumentalisée afin de souligner l’échec du processus d’intégration. La polémique, un rituel en France, est suscitée par les adversaires de la présence ici des originaires des anciennes colonies. On agite la menace, on ressasse. On veut nous démontrer que cette intégration est impossible, illusoire du fait de l’ethnie (berbéro- arabe) et la religion (Islam) ; on nous affirme, sans ambages, qu’elles sont incompatibles avec les « valeurs » de la France ; que ces communautés sont rétives à la « modernité », entendez à l’Occident ! Mais est-ce là la véritable raison ? L’« impossible » intégration ne signifie-t-elle pas, en vérité, l’indésirable intégration ? Doit-on qualifier ces gens d’« intrus » ? Cette représentation, sans doute inconsciente, est dans les esprits. Comme de coutume, ce postulat prend corps durant l’ère coloniale. La Métropole invente la perspective d’assimilation afin de détourner les peuples soumis de la lutte contre l’occupation et de les « pacifier » ; mais cette « promesse » est un leurre. A cette époque, en Algérie et ailleurs, la population ne désire certainement pas être française mais bouter le colonisateur hors de chez elle. Dans la réalité, elle est soumise à un système ségrégationniste. En fait, la véritable interrogation n’est pas celle de l’intégration mais celle de l’égalité, du respect, de la dignité.

(…).

Ce que dénonce l’INED à propos du « pluralisme des identités » est contenu dans cette injonction lancée aux nouvelles générations, la face corrompue, crapuleuse de la société : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! »

II /2 Jeunesse et révolte

En octobre et novembre 2005, les jeunes des quartiers populaires se révoltent [2] ; ce mouvement est, aussitôt, affublé des nippes confessionnelle et ethnique ; on parle de « jeunes arabes », « jeunes musulmans », « jeunes issus de l’immigration », en l’occurrence des étrangers, et point de « jeunes français ». Cet artifice est intentionnel ; des grands médias, des hommes politiques, des intellectuels s’empressent d’embrigader les esprits afin de décrédibiliser ce mouvement, empêcher toute solidarité du reste de la population et notamment des autres jeunes. Il s’agit d’installer des réflexes de répulsion. Ces protestataires sont demeurés bien seuls. Le clivage de la société est une tâche entreprise par trois entités apparemment antagonistes, chacune avec ses calculs propres : l’extrême- droite et ses relais, le gouvernement de l’époque ainsi que les salafistes. L’appel à des « personnalités musulmanes » par les pouvoirs publics participe à cette vision et concourt à la dépréciation de la contestation en l’éloignant, la sectionnant, la déclarant « allogène » à la société française. Ce cas de figure d’émeutes violentes, avec des morts et des blessés, à connotation ethnique est présent ailleurs, comme aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, mais assurément pas en France. M. Dekeyser écrit en 2008 : « Les affrontements se sont déroulés entre une partie de la population française et des éléments qui symbolisaient l’institution républicaine plutôt qu’entre des groupes ethniques différents, nécessitant l’interposition de la police. » [3]

Cette révolte est sociale, celle des classes populaires, des démunis, des chômeurs ; toutefois, les revendications d’ordre économique bien que importantes ne sont pas l’essentiel. L’exigence de dignité est la doléance fondamentale. En effet, le malaise social est aggravé par le mépris lié aux origines de cette population. Qu’ont-ils d’arabe ou d’africain ces jeunes ? Un patronyme, un prénom, une « couleur » ! Etre français se définit-il par la filiation ethnique et religieuse ? Etre Français n’est pas adhérer à la « profession de foi » de la République : Liberté, Egalité, Fraternité ! Ou bien est-ce devenu un « club privé » ? L’année 2005 a dévoilé deux jeunesses éloignées l’une de l’autre ; elle a montré une population segmentée, chacune cloisonnée dans son monde ; l’une est parquée, l’autre est libre de ses mouvements. Celle-ci est « pacifique, instruite, honnête, entreprenante, créatrice », d’autres diront docile, conformiste, individualiste. A l’opposé de cette face lumineuse, l’autre jeunesse est déscolarisée, ignorante, mafieuse, violente, destructrice, haineuse, l’ennemie intérieure. Cet argument réducteur et dégradant de « délinquants » est repris par le sociologue, directeur de recherche au CNRS, Gérard Mauger : « De façon générale, l’habitus agonistique caractéristique du « monde des bandes » porte à percevoir la police comme une bande rivale : son « intrusion » dans le territoire de la cité s’inscrit dans le registre des casus belli entre bandes rivales. De plus, en se situant dans le registre martial du défi viril, le ministre de l’Intérieur (N. Sarkozy) s’attirait les répliques convenues chez ceux qui l’adoptent. » [4] Les émeutes sociales ne sont plus qu’une « guerre » entre ennemis intimes, une rixe entre un ramassis de crapules et un ministre de l’intérieur, chef de bande ; une bataille entre des meutes de bêtes féroces se disputant un territoire.

La révolte de 2005 est spontanée, confuse, sans projet ; elle n’est pas préméditée, organisée, encadrée, structurée ; elle est une « jacquerie » sans lendemain, un feu de paille, et non pas un mouvement révolutionnaire coordonné. Elle exprime le désarroi et non une conscience sociale et politique. L’autre enseignement est la défection non seulement des jeunes, et des grandes organisations de la société civile, notamment les associations citoyennes, mais également des centrales syndicales et des partis politiques, bien entendu de gauche. Ceux-ci ont depuis longtemps abdiqué, car ils ne comprennent pas, reconnaissent pas cette partie de la jeunesse. Dans un tel environnement de renonciation, la présence de l’Etat et de l’ensemble de la collectivité nationale se confondent avec l’uniforme policier, symbole par excellence, d’une société répressive. Les pouvoirs publics maintiennent un cordon « sanitaire », une barrière de sécurité. L’Etat, relayé par les médias, présente cette image offensante au reste de la France. Est-ce la solution pour enrayer les amalgames, endiguer les discriminations, un chômage et une pauvreté endémiques ? Population parquée dans des constructions « jetables », à la date de péremption constamment prorogée, des favelas sans Copacabana ni Ipanema. Que veut-on ? Que ces jeunes se vêtent de haillons, se résignent à la mendicité ? Peut-être, rêve-t-on, secrètement, à leur éloignement. Certains sont déjà partis et partiront mais à Londres, New York, Montréal, Dubaï, Pékin…

Le 23 novembre 2005, le rapport de la direction centrale des renseignements généraux (DCRG), publié par le journal le Parisien, du 8 décembre, nous livre quelques indices : « Les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms. Ceux qui ont saccagé les cités avaient en commun l’absence de perspectives et d’investissement par le travail dans la société française ».

Le rapport reconnaît le caractère déstructurant de cette inactivité mais non pas les causes avancées par les jeunes. Remarquons le verbe « se sentent », cela sous-entend que la précarité et les préjugés ne sont pas les fondements de cette marginalisation mais sont un simple ressenti, une impression, une sensation, et non la réalité. Les jeunes d’origine maghrébine et africaine, issus de ces territoires, sont les plus affectés, selon l’enquête de l’Observatoire des discriminations de l’université Paris 1 en 2005. [5]

Le rapport de l’Observatoire des zones urbaines sensibles (ZUS), du 30 novembre 2005, quant à lui, note la persistance du malaise social. Les quatre millions d’habitants des 751 quartiers (classés ZUS) vivent dans une grande pauvreté ; comparés à la moyenne nationale, le revenu fiscal est inférieur de 40 %, la couverture médicale de ces territoires est deux fois moins dense, la délinquance est supérieure de 50 %, les taux de chômage et d’échec scolaire sont deux fois plus élevés.[6] Dans le domaine éducatif, les pouvoirs publics et les associations ont conscience de la banqueroute dans les quartiers populaires, cependant l’échec est à attribuer à la société dans son ensemble et non seulement à l’institution scolaire. Les jeunes n’éprouvent nulle motivation car le diplôme ne leur offre aucune perspective ou si peu. Les chômeurs diplômés du quartier en témoignent. Tant que l’on n’a pas abattu ce carcan territorial, économique, social, culturel, psychologique, les enfants bouderont, contesteront l’école, car coupée de leur réalité ; elle est un corps stérile, d’un autre monde, qui promet un avenir, prend des engagements que la société ne tient pas. Dans le milieu des années 1970, à la suite de l’incendie du collège Pailleron, à Paris, provoqué par deux élèves (« mono-nationaux »), le mot- d’ordre était « la seule critique de l’Ecole est celle de l’allumette ». On s’est enflammé autour de cet acte stupide et criminel, provoqué par l’imbécilité et le mal-être inhérents à cette période de la vie ; on a devisé autour de l’adolescence et de ses tourments. Le traitement est tout autre si le jeune homme est « Africain » ou « Maghrébin ». De nos jours, la segmentation de la jeunesse doit être appréhendée dans son ensemble ; en effet, il faut, également, se soucier de l’institution scolaire en dehors des quartiers populaires ; la méconnaissance de l’autre, érigée en principe confidentiel, et l’indifférence n’ont pas disparu. Il est indispensable d’éduquer les jeunes des « territoires demeurés dans la République » à l’antiracisme, à la tolérance, à l’ouverture d’esprit et aux ravages des discriminations ! Pourquoi n’inculque-t-on pas à ces élèves toute la vérité historique, que l’on démonte les préjugés, de l’orientalisme à l’extrême- droite actuelle et pas uniquement ? Pourquoi ne leur parle-t-on pas de l’autre, de sa civilisation, de sa culture d’origine ? L’hégémonie culturelle est si prégnante. Nombre de ces élèves « loyalistes », parfois des enseignants, reproduisent, également, les poncifs présents dans la société. Ils perçoivent, connaissent ce compatriote au prisme de la dévalorisation et votent Front national dès l’âge de 18 ans. La société se rigidifie, ankylosée par deux siècles de destruction, de piétinement de l’image de l’autre. Les conséquences de cette construction idéologique peuvent être, parfois, déroutantes. L’apartheid est d’abord dans les esprits. La révolte de l’année 2005 traduit pour les « propriétaires légitimes » de cette terre, non pas une détresse mais de l’ingratitude de la part de cette population. Nous revenons au sempiternel rapport de force, le faible endure, en silence, la domination du puissant. Cette dimension prend, ici, un caractère post- colonial qui n’est pas à dédaigner ; il est illustré par le recours au couvre-feu en novembre 2005 et l’exhumation d’un texte datant de l’époque de la guerre d’Algérie. Celui-ci couvre l’assassinat, le 17 octobre 1961, de centaines d’Algériens, manifestant pacifiquement, à Paris et dans sa proche banlieue, ainsi que la répression, en Nouvelle-Calédonie, des Kanaks de décembre 1984. Entre ces deux évènements, il eut le mouvement du printemps de 1968 ; l’Etat français n’a pas usé de l’arsenal répressif, prévu par la loi n° 55-385 du 3 avril 1955, contre la jeunesse estudiantine française de Mai 1968. (…). Ce texte permet aux préfets d’instaurer un couvre-feu pour enrayer les violences urbaines.

(…).

L’abandon de ces quartiers en déshérence, est comblée par d’autres. La responsabilité est collective, celle des citoyens, des organisations sociales, politiques, culturelles, des opérateurs économiques, elle n’est pas du seul fait de l’Etat. Alors que l’on habille la révolte française de 2005 des oripeaux ethnique et confessionnel, quelques années plus tard on loue les soulèvements outre-méditerranée censés conduire à la « démocratie » et la « modernité » ; on caricature les jeunes français tandis qu’on célèbre ces jeunes arabes qui se rebellent mais « chez eux ».

 

[1] https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/focus/double-nationalite-identite-nationale/

[2] Voir Le Goaziou, V., Mucchielli, L., (2013), « Quand les banlieues brûlent… Retour sur les émeutes de novembre 2005 », Paris, la Découverte, 176 pages.

[3] Dekeyser, Martin (2008), « Les émeutes de 2005 : une révolte ambivalente », EHESS-CESPRA, Résolument jeunes, n°23, juin- août 2008.

[4] « Les raisons et les causes de l’émeute de novembre 2005 », 13/11/2013, huffingtonpost.fr/…/ les-raisons-et-les-causes-de-lemeute-de-novembre…

[5]cergors.univ-paris1.fr/observatoiredes discriminations 2005

[6] www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/054000698/0000.pdf 30/11/2005

 

Espagnols et Marocains en Algérie (Oranie) pendant la crise économique internationale de 1930-1939

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Ce travail se propose d’analyser la condition des Espagnols et Marocains dans l’Oranie des années 1930-1939. Dans ce département de l’ouest de l’Algérie, à l’instar de l’ensemble du pays, la ligne de partage est communautaire, reposant sur l’identification ethnico-religieuse. Le système ségrégationniste mis en place par la puissance coloniale, séparant les Européens des Indigènes, prévaut dans l’ensemble de la société. L’Algérien, soumis au code de l’indigénat, ne peut prétendre à la citoyenneté que par une naturalisation individuelle et très sélective[i], tandis que le droit du sol offre à l’Européen né en Algérie l’opportunité de devenir Français. Dans l’échelle sociale, l’Algérien est relégué dans une position d’infériorité tandis que le Français et l’Espagnol occupent le rang supérieur. Ces derniers ne sont pas différenciés dans le monde du travail (mêmes salaires et catégories professionnelles), dans l’activité politique et syndicale, dans le discours des formations politiques[ii] et sociales, dans la presse (toutes tendances), en matière de droits sociaux (allocation chômage, solidarité), dans l’administration (statistiques, correspondances, circulaires, etc.), dans la répartition spatiale (quartiers européens). Toutefois, cette région, privilégiée par ces migrants lors de leurs déplacements en Algérie, se distingue des deux autres départements (Alger et Constantine) ; la singularité de l’Oranie est la similitude ethnique, confessionnelle, culturelle et la proximité historique et géographique entre les communautés autochtones et étrangères.[iii] Durant, la décennie étudiée, la crise économique internationale exacerbe les contradictions d’une société, structurellement ségrégationniste, cumulant sous-développement et dépendance (exportation de matières premières et agricoles – importation de produits manufacturés) ; ce contexte inédit engendre un marasme aux multiples effets, notamment un chômage de masse et une crise sociale aiguë ; boucs émissaires par excellence, les étrangers ne sont pas épargnés. L’étude de ces groupes est souvent demeurée circonscrite aux migrations européennes, parce qu’elle s’est confondue avec l’histoire du peuplement de la colonie. La recherche a favorisé ces derniers[iv], population au devenir particulier car appartenant de fait à la communauté dominante, bénéficiant des privilèges liés à cette origine et appelée à accéder à la citoyenneté française. Ces Espagnols apparaissent comme des expatriés et acteurs involontaires du peuplement colonial. Les Marocains[v], quant à eux, intéressent moins la recherche; exceptées les problématiques telles que la nationalité ou les communautés[vi], les travaux d’histoire sociale portant sur le monde ouvrier, le syndicalisme, les mouvements sociaux, le salariat dans l’Algérie coloniale ne leur donnent nulle visibilité ; ils ne distinguent pas le Marocain de l’Algérien, ni le migrant d’origine européenne du Français, reprenant ainsi les catégories administratives usitées dans la société (Indigènes ou Musulmans et Européens).[vii] On ne peut pourtant réduire les migrations à cette réalité partielle et « hégémonique » de peuplement européen ou colonial, bloc monolithique, indifférencié et se satisfaire de la figure d’un étranger, vecteur de la colonisation. Ces approches voilent la variété des situations, des motivations des individus et des groupes. Dans un contexte de parenté culturelle des communautés, la condition du migrant, au-delà de ses aspects classiques, revêt ici un caractère particulier, recouvre une réalité complexe, enchevêtrée. Cette imbrication rend cette figure floue ; toutefois, celle-ci est restituée, révélée par les conséquences de la dépression internationale, notamment la politique migratoire (recensement de la main-d’œuvre dans les entreprises, quotas), les incidents (rapports policiers, administratifs, syndicaux), la correspondance (collectivités locales, patronat, migrants, Français, Indigènes) et s’impose à nous. En effet, les Espagnols et les Marocains apparaissent en tant que tels, dissociés des deux catégories « Musulmans/Européens ». La pluralité des situations produit des différences entre les deux migrations, bien qu’elles soient toutes deux encouragées par la puissance coloniale. Les Espagnols, composante indispensable, bénéficient d’un traitement de faveur car ils répondent au projet de la puissance impérialiste dont les objectifs économiques et politiques sont imbriqués. Le cas des Marocains n’est pas moins complexe car issus d’un pays divisé, dominé par deux puissances européennes (France et Espagne), soumis à leurs législations et au pouvoir discrétionnaire de leurs administrations. Ces migrations légales et clandestines, ces flux organisés et spontanés, individuels et collectifs sont encouragés par le patronat, des collectivités locales et l’Etat. Mais la crise économique, par la division des rangs salariés, introduit une perception non plus exclusivement ethnico- confessionnelle mais « nationale », renforcée par la législation migratoire. Cette image d’un étranger apparenté culturellement se modifie et suscite la défiance à l’égard de ce travailleur devenu concurrent et facteur de déclassement. En dissociant les nationaux (Français et Indigènes algériens) des migrants, l’Etat introduit, dans le champ économique, l’appartenance à la colonie comme ligne de partage. Par conséquent, l’accès au marché du travail rend, pour les Espagnols, la citoyenneté française indispensable. Toutefois, le contexte géopolitique (mobilisation) peut prévaloir sur l’environnement économique et affecter le comportement de certains migrants et « néo-français » face à la nationalité. Ce vocable de « néo-français », usité par les contemporains pour désigner leurs nouveaux compatriotes, distingue au sein des citoyens, ceux dont l’origine étrangère est encore palpable. En effet, les Espagnols nés à l’étranger acquièrent la nationalité française par la naturalisation et pour ceux nés en Algérie, en vertu du droit du sol. Quant aux Marocains, l’Etat colonial doit préciser le statut de ceux issus de la zone française des natifs de la zone espagnole. En les scindant, il va favoriser, indubitablement, les premiers. En effet, le gouverneur général, chef du gouvernement et de la haute administration de l’Algérie (administration, police, armée), ne peut ignorer les desideratas des employeurs et du Protectorat. Ce haut fonctionnaire est nommé pour une durée de six mois par le Ministre de l’Intérieur ; toutefois, seul celui-ci est responsable de l’administration de l’Algérie devant le Parlement. En outre, les services non musulmans de la Justice et de l’Instruction publique sont du ressort des ministres de tutelle.

[i] De 1865 à 1962, 7 000 Algériens sont naturalisés français. En 1881, le Code de l’Indigénat fixe et détaille la ségrégation introduite par le senatus consulte de 1865 (Second Empire) et demeurera en vigueur jusqu’à la loi du 7 mai 1946, mais en réalité, il perdure jusqu’en 1962. Il introduit des pénalités spécifiques aux indigènes (réunion sans autorisation, départ du territoire de la commune sans permis de voyage, acte irrespectueux, propos offensant vis-à-vis d’un agent de l’autorité, etc.) et scelle la confiscation de leurs terres.

[ii] Voir l’exemple des « Unions latines », organisation nationaliste, antisémite et ségrégationniste regroupant les « Latins » (Français, Espagnols, Italiens et Maltais). Cette formation est créée par le député maire d’Oran Jules Molle. Ou les « Amitiés Lambert » qui se transforment en « Amitiés latines », professant un anti- sémitisme virulent. L’abbé Lambert fonde, également, le RNAS (Rassemblement national d’action sociale) d’inspiration nationaliste.

[iii] Oran est en relation avec l’Espagne depuis le Moyen-Age. Elle fut sous sa domination durant 263 années, de 1509 à 1708, puis de 1732 à 1792. Dans l’Algérie coloniale, les Européens (Français-migrants) sont majoritairement originaires du sud de l’Espagne. Les Marocains et Algériens partagent la même origine berbéro- arabe et sont de confession juive et musulmane sunnite de rite malékite pour la plupart.

[iv]Vilar, J.-Bautista, (1975), Emigración española a Argelia (1830-1900). Colonización hispánica de la Argelia francesa, Madrid, 537 pages.

-Flores, Christian, (1983), L’Oranie française et l’Espagne. Les composantes hispaniques d’un département français (1830-1962), thèse de doctorat, Université de Rennes II.

Jordi, Jean-Jacques, (1986), Les Espagnols en Oranie, 1830-1914. Histoire d’une migration, 317 pages.

[v] Milliot, Louis, (1933-1934), L’exode saisonnier des Rifains vers l’Algérie, in Bulletin économique du Maroc, N°5, p. 313-321.

-Vilar, J.-Batista, (1985), Los origines de la inmigración laboral marroquí en la Argelia francesa, los rifenos en la Oranie (1855-1963). Cuardernos de la Historia Moderna y Contemporanea, Madrid, p.117-146.

-Aziza, Mimoun, (2011), L’émigration dans le Rif marocain (XIX-XXe siècles). Une approche historique in Bokbot, Cebrian, et alii, Les migrations marocaines. Universidad de Murcia, p.15-37.

-Aziza, Mimoun, (2012), Les flux migratoires entre le Maroc et l’Algérie à l’époque coloniale, in Abécassis, et alii, La bienvenue et l’adieu, migrants juifs et musulmans au Maghreb (XVe-XXe siècle), 2e partie, colonisation et distorsion de l’espace, Casablanca, La Croisée des chemins, Paris, Karthala, p.151-166.

 

[vi] Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (REMM), (2014) : La nationalité dans le monde arabe : une histoire sociale (des années 1830 aux années 1960), Aix-Marseille.

-Centre d’histoire du 20e siècle, axes de recherche (2014) : Guerres, Empires et migrations, Paris I.

-Blévis, Laure, (2001), Les avatars de la citoyenneté en Algérie coloniale ou les paradoxes d’une catégorisation, Droit et Société, n°48, pages 557 – 580.

-Stora, Benjamin, (2008), Les trois exils : Juifs d’Algérie, Paris, Hachette, 232 pages.

Taïeb, Jacques, (2012), Migrations des populations juives et musulmanes à l’intérieur de l’espace maghrébin, XIXe et XXe siècles, in Abécassis, et alii, op.cit, pages 115-124.

[vii] Touati, Lahouari, (1981), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier de l’Oranie, université d’Oran, CDSH, n°8, 214 pages ; (1984), L’Oranie colonisée 1881-1937, thèse d’histoire, Nice, 468 pages.

-Benallègue, Nora, (1981), Le mouvement syndical en Algérie (1930-1942), thèse d’histoire, Paris 7, 460 pages.

-Carlier, Omar, (1982), Historiographie et méthodologie. Contribution à une histoire comparée du mouvement ouvrier maghrébin dans l’entre- deux- guerres, CDSH, Oran, 95 pages.

-Liauzu, Claude, (1983), Pour un programme de recherche sur le travail et les mouvements sociaux maghrébins, Cahiers de la Méditerranée, n° 2, pages 183 – 206.

-Abid, Ahmed (1985), Mouvement syndical et luttes sociales en Oranie 1942-1951, thèse d’histoire, Paris 7, 397 pages.